Madame Martine Aubry

Ministre de l'Emploi et de la Solidarité

127, rue de Grenelle

75700 Paris

 

Aurec sur Loire, le 4 mars 1998

 

 

 

Madame le Ministre,

 

En ma qualité de conseiller technique privé de Jacques Barrot, j'ai attiré son attention en avril 1996 sur l'impossibilité technique de déployer le projet Sésam-Vitale, et sur les conditions suspectes dans lesquelles certaines décisions avaient, ou étaient en train d'être prises dans le cadre de ce dossier.

Charles Rozmaryn mandaté immédiatement par Jacques Barrot, a confirmé, après quelques semaines d'enquète, le bien-fondé de mes critiques.

En octobre 96, Jacques Barrot a obtenu le feu vert d'Alain Juppé pour remplacer le projet Sésam Vitale par le RSS. Différentes décisions ont suivi, telles que la création du comité Worms (décembre 96) ou l'appel à candidatures (février 97) pour désigner l'opérateur du futur RSS. Le projet Sésam-Vitale était dès lors voué aux oubliettes.

Malheureusement, profitant du changement des équipes ministérielles en juin 97, la CNAM est revenue à la charge avec un projet revu et corrigé. Il s'agit maintenant de "Vitale 2", qui est supposé faire taire toutes les critiques grâce à l'utilisation d'une nouvelle carte à puce (qui n'existe pour l'instant que dans les bureaux d'études) et au fait qu'il pourra fonctionner sur le RSS.

Mais, au lieu d'attendre l'arrivée technique de la nouvelle carte, la CNAM a décidé de lancer le projet dès l'automne 97, et a ainsi passé commande de cartes, bornes de mise à jour et autres lecteurs de carte en technologie Vitale 1.

Point n'est besoin d'être expert en la matière pour comprendre que tous les lecteurs que l'on vient de commander, sont bien sûr incapables de lire les futures cartes. Ce qui veut dire, si l'on croit le calendrier d'André Loth, que d'ici fin 1999, tous les équipements que l'on vient de commander seront obsolètes et mis à la poubelle.

Cette "plaisanterie" coûte à la collectivité près de trois milliards de francs.

 

Il est vivement souhaitable qu'au lieu de laisser la CNAM gaspiller cet argent, une partie, quelques millions de francs suffisent, soit d'urgence investie dans la mise en place d'une direction technique nationale, sous la responsabilité du ministère par exemple, dans laquelle de véritables experts assureraient un vrai pilotage technique. Il faut d'urgence stopper l'hémorragie de millions dépensés tous les mois par le GIE Sésam-Vitale. On évitera ainsi un futur scandale Sésam-Vitale (qui ne manquera pas sinon de devenir une version moderne des avions renifleurs).

Ni les beaux discours, ni les belles manuvres politiques ne pourront jamais faire marcher le projet Sésam-Vitale. Qu'au moins une fois, la parole soit donnée aux ingénieurs!

J'ai rencontré , il y a quelques semaines, M. Renaudin pour attirer son attention sur les graves menaces qui pèsent sur le projet RSS: le manque d'une réelle direction technique se fait cruellement sentir. Et je n'ai pas eu le sentiment que mes explications, sans doute trop techniques pour un non-expert, aient reçu l'écho nécessaire.

C'est la raison pour laquelle je me permets de m'adresser directement à vous. J'espère que, pour le moins, des mesures conservatoires seront rapidement prises pour stopper cette hémorragie de milliards d'argent public.

 

Recevez, Madame le Ministre, l'expression de ma très haute considération.

Nicolas Crêtaux


Pièce jointe: Les avions renifleurs