Rappel historique |
a sécu perd des
sous.
On en sait quelque chose, ça nous coûte assez cher en CSG et autres impôts.
Pour faire des économies, il faut rénover le système de gestion administrative de la sécu, et informatiser le traitement des feuilles de soins.
Pour informatiser ce traitement, il faut que les PS envoient "électroniquement" leurs feuilles de soins à la sécu (c'est ce que l'on appelle une FSE: feuille de soins électronique).
Les FSE arrivant ainsi directement dans les ordinateurs de la sécu, on réalisera de substantielles économies de saisie, on évitera les nombreuses erreurs liées à un traitement manuel, on pourra diminuer les effectifs de la sécu (mais ça, il ne faut pas le dire), on pourra mieux contrôler, avec l'aide des PS, les dépenses de santé publique,....
Le problème, c'est qu'il faut avoir l'assurance que la sécu ne reçoit pas de fausses FSE, et compte tenu du foutoir qui existe dans le traitement des FSE à la sécu, ce n'est pas une mince affaire. N'importe quel assuré peut sans difficulté se faire inscrire en même temps dans plusieurs caisses de sécu et se faire rembourser plusieurs fois le même soin (réel ou factice d'ailleurs).
lors tel Zorro, la
carte à puce est arrivée.
Sans se presser, ça fait plus de dix ans que l'opération a démarré. L'idée est simple: on équipe chaque PS et chaque assuré (ou malade) d'une carte à puce, et, pour faire une FSE, on les oblige à taper leurs codes respectifs (comme avec une carte bleue) pour prouver la réalité de l'acte médical. Et voilà, comme cela, on est sûr qu'il n'y a pas de fraude (enfin, c'est ce qu'on voudrait nous faire croire). Personne n'insiste sur le fait que l'on n'a pas plus de garantie de la réalité de l'acte, si le PS et le malade sont de mèche, que l'on se serve ou non de cartes.
Mais, faites leur confiance, les lobbies industriels, voyant un pactole inespéré arriver ont su user de moyens convaincants pour persuader la direction de la CNAM et la direction de la sécu qu'en dehors de la carte à puce, point de salut. La mise en place d'un parc de 60 millions de cartes, plus lecteurs représente un sacré paquet de dizaines de milliards de francs à palper, ça vous rend les industriels imaginatifs. C'est Dupont le plus rapide.
L'arnaque est vite montée: le gouvernement reproche à la direction de la sécu son déficit perpétuel. La CNAM répond au gouvernement qu'il suffit de mettre en place la transmission généralisée des FSE pour combler le trou. Ca paraît tellement évident à tout le monde que personne ne pose de questions. Même quand la CNAM rajoute que, de plus, et afin d'éviter la fraude à la fausse feuille de soins (c'est louable comme prétexte), il faut systématiser l'utilisation des cartes à puce. Et en plus ça fait "moderne". On est tellement habitué à se servir de sa carte bleue que ça n'étonne personne. Et le tour est joué!
Il ne reste plus qu'à convaincre l'équipe fraîchement arrivée à Matignon, et Juppé sort son plan. Il refile le dossier à Barrot, qui sort sur la lancée les ordonnances d'avril 96 qui imposent aux PS l'obligation de télétransmettre leurs FSE.
ais là, ça
coince.
Barrot, loin des cercles parisiens, déniche un type qui lui explique que le tableau n'est pas aussi idyllique que tous les grands cabinets de conseils ou les industriels le prétendent. Et Barrot a le culot d'écouter ce mec, qui n'est même pas du sérail, en plus.
Le type lui explique que le réseau Ramage que la CNAM a prévu bêtement d'utiliser pour véhiculer les FSE ne peut pas marcher. Il lui explique aussi que c'est bizarre de voir Dupont se vanter partout d'avoir un contrat d'exclusivité avec la CNAM pour vendre ses fameuses cartes à puce et ses lecteurs. Et que sur les cartes à Dupont, on ne peut pas mettre plus de 8.000 caractères (c'est un peu court pour le VIM, la photo, etc.). Et qu'il faudrait prouver que la carte sert réellement à quelque chose.
Et pour expliquer ça à un ministre qui ne connaît rien à l'informatique, ce n'est pas tâche aisée: regardez le nouveau, après douze mois, il (ou elle) n'a toujours pas compris. En plus, au même moment, il y a des gens qui s'étonnent auprès de la Commission Centrale des Marchés du monopole de Dupont. Ca finit de convaincre le ministre.
Alors, il décide de tout arrêter. La CNAM et la direction de la sécu font la gueule. Dupont est pas content. Tant pis!
t le ministre ne mollit
pas: il met un stop au beau réseau Ramage et aux cartes à
puce pour tous les malades.
A la place, il décide de mettre en place un réseau neutre et ouvert, pour éviter que tel ou tel industriel puisse mettre la main dessus ou sur les données qui vont y circuler. Vous pensez bien que la CNAM, soutenue discrètement par Dupont, gesticule et crie au scandale: ça ne marchera jamais qu'ils disent.
Mais ils ont beau dire ou faire, les opérations démarrent, et le RSS est lancé. Grâce au soutien (gratuit) de quelques sociétés de télécom et d'informatique (sérieuses, celles-là), un nouveau projet a été mis au point, à partir des technologies que tout le monde connaît: utilisation d'un réseau TCP/IP, c'est à dire accessible à tous et bon marché, sécurisation des accès, authentification et encryptage des données grâce à une (et une seule) carte à puce, la CPS.
Surprise, en mai 97, on vote. Le ministre change. La CNAM et la direction de la sécu se frottent les mains.
Mais le mal est fait, du moins en partie. Tout le monde a compris que Ramage ne peut pas marcher et qu'on ne pourra jamais faire tenir ce qu'on raconte dans les modestes 8.000 caractères d'une Vitale 1. Alors on fait semblant de relooker Sésam-Vitale à la sauce TCP/IP et l'on annonce une nouvelle carte à puce la Vitale 2, qui, contrairement à Vitale 1, offrira une grande capacité de stockage pour mettre ... (en fait, on n'en sait toujours rien). Problème, on est toujours incapable d'expliquer à quoi ça sert de munir chaque malade d'une carte. Alors on nous ressort la même vieille histoire: c'est indispensable de transmettre les FSE à la sécu pour faire des économies, et c'est indispensable d'avoir une carte Vitale pour transmettre une FSE (ou pour la faire, on sait pas bien faire la différence, en fait).
arce que si on laisse
les PS transmettre tout de suite leurs FSE sans attendre l'arrivée
des cartes à puce,
comme le font tous les jours les pharmaciens, on va avoir un gros problème: grâce à l'utilisation de réseaux du style internet, ils vont, sans aucune difficulté, se mettre à envoyer leurs FSE. C'est même la sécu qui sera embêtée, parce qu'elle sera incapable de faire face à une explosion des transmissions de FSE! En fait, dès que les PS seront connectés sur le réseau, ils échangeront des informations bien plus rapidement et bien plus efficacement que via une carte à puce.
Et alors, tout le monde même le ministre, se rendra compte que l'on n'a aucun besoin de Vitale pour envoyer les FSE à la sécu (ni pour autre chose d'ailleurs). On n'aura pas l'air bête, des fois. Et après, ce sera une autre paire de manches pour réussir à imposer l'utilisation d'une carte. C'est un gros dilemme: la SEULE RAISON pour laquelle on veut distribuer la V1, c'est pour que nous ne puissions pas nous rendre compte qu'elle ne sert à rien.
utrement dit, tout le
monde a compris que Vitale 1 est parfaitement inutile,
que la seule carte qui aurait des chances de servir à quelque chose, ce serait une carte (la Vitale 2) avec la photo du porteur, ses empreintes digitales, quoi d'autre encore? ah oui, des bouts du dossier médical du malade: à quoi et à qui ça servirait, c'est une autre paire de manches! Le problème c'est que cette nouvelle carte ne sera pas disponible avant un ou deux ans (et je ne me risque surtout pas sur ce terrain, je ne suis pas prophète, moi). Et si l'on attend que V2 soit disponible pour distribuer, et bien dans l'intervalle, tout le monde enverra ses FSE avec une bête CPS et internet, sans carte malade. Et tout le monde se rendra compte que ça marche. À ce moment là, on pourra plus faire croire, même aux naïfs politiques, que V2 est indispensable pour envoyer une FSE. Plus personne ne voudra le croire.
out le problème
Vitale 1 - Vitale 2 est là.
Il faut gagner du temps et empêcher les Français de réaliser que la carte Vitale sert en réalité à rapporter des sous aux industriels et à ...., mais ne sert sûrement pas aux PS à envoyer leurs FSE à la sécu. Alors, technique écran de fumée, on invente des trucs, qui vont capter l'attention des foules et leur éviter de réfléchir aux bêtises qu'on est en train de leur faire avaler: grâce à la Vitale 1, on va pouvoir préparer les fichiers des assurés sociaux, comme cela on évitera de se couvrir une fois de plus de ridicule, à la sécu, quand on distribuera les cartes aux malades (combien votre caisse vous a envoyé de carnets de santé, à vous?). Sans doute parce qu'on est pas capable de remettre de l'ordre dans les fichiers de la sécu tous seuls. On a besoin de la "carotte Vitale".
l ne faut pas que j'oublie
de parler des bornes de mise à jour.
Il y a quelques années, entre autres âneries, j'avais posé tout fort la question de savoir comment on allait mettre à jour les données administratives présentes sur la carte Vitale (pour simplifier, les droits de l'assuré et de ses ayant-droits). Au début, ils ont fait comme d'habitude, ils ont continué à me faire passer pour un imbécile (ne vous en faites pas, j'ai l'habitude maintenant). Et tranquillement, ils ont préparé leurs petits textes officiels, leurs ordonnances et tout ça. Sans faire gaffe. Et ils n'ont rien prévu pour les màj (mises à jour) des cartes Vitale.
Le réveil a été dur. D'autres ont posé la même question débile que moi. La CNAM a interrogé Dupont, et ses cabinets de conseil préférés. La direction de la sécu a eu beau réfléchir (et ils ont tous fait l'ENA, là-dedans), elle n'a pas trouvé de combine pour pondre un petit décret qui obligerait les médecins à mettre à jour la carte quand le malade vient en consultation. Pourtant, c'est sa grande spécialité. "YA-KA-FAIRE-UNE-LOI-OU-UN-DÉCRET "qu'on l'appelle entre nous, la direction de la sécu, c'est pour dire.
Alors, nos grands penseurs ont inventé la borne de màj. Oui, d'accord, j'ai répondu, mais y'a pas de budget, et ça va coûter des milliards (au moins un ou deux). C'est rien que des mensonges ils ont dit. D'abord, on va pas en mettre beaucoup, de bornes, et elles ne coûtent même pas cher. Et comme dit ex-M. le directeur de la CNAM, 5.000 bornes à 8.000 balles, ça fait tout juste un petit 100 millions avec la maintenance. Une paille. Demandez-donc aux maraîchers bretons si 100 millions, ça les fait rigoler?